jeudi 14 mai 2015

Voyager en Iran

Le Taj Mahal, Agra, Inde… un monument typiquement indien. Pourtant, cette merveille de l’architecture mondiale est principalement une œuvre d’art de l’architecture iranienne ! (ou persane, la Perse ayant changé de nom et pris celui d’Iran en 1935).

Mosquée-madrassa Aqa Bozorg, Kashan

Je connais l’Iran pour y avoir effectué plusieurs voyages, dans tout le pays. L’Iran est au cœur de l’actualité politique depuis longtemps, mais c’est avant tout une grande nation de culture qui a donné naissance depuis des milliers d’années à plusieurs civilisations parmi les plus brillantes.

John tendant la main vers le Graal. Persépolis

Monument Azadi (1971), porte d'entrée de Téhéran au sortir de l'aéroport de Mehrabad. Une sorte de "tour Eiffel" locale

Paradis 1 : L'art et la culture

Si la France possède aujourd’hui une réputation mondiale dans certains domaines, c’est parce qu’elle fut la référence culturelle pendant plus de 200 ans, jusqu’au début du XXème siècle; mais l’Iran a fait figure de modèle dans les domaines des arts et de la science pour tout le Moyen-Orient (et parfois l’Europe) pendant près de 900 ans, entre les Xème et XVIIIème siècles! Qui dit mieux ?


Art incomparable de la mosaïque, Ardabil


 
Art du vitrail. Shiraz
 
Délicatesse des couleurs. Kashan

Paradis 2 : Les mille et une nuits

Et cependant l’Iran reste un pays méconnu, propice aux fantasmes alimentés par des événements tragiques, diverses propagandes et nos propres préjugés. Je vous propose donc de vous ouvrir à un monde étonnant, digne des mille et une nuits.
 
Tapis volants, Téhéran


Grand vizir Jaafar? Non, un imamzadeh (personnalité descendant d'un grand Imam) visitant la mosquée du Shah, Ispahan

Shéhérazade enfant... Kashan
 
Aladin en devenir, par dizaines... Shiraz
 
Pourquoi l’« Iran des paradis » ? Le mot « paradis » vient directement de la langue de l’ancienne Perse, devenu en persan moderne (ou farsi) « pardez » ou « pardis », et en français « paradis », « paradise » en anglais. Le terme de « paradis » désignait chez les anciens Perses un jardin fermé, clôt d’un mur. Et en effet, dans un pays aussi désertique que l’Iran, les premiers rois ont créé dès le VIème siècle av. J.-C. de nombreux jardins, comme celui de Pasargades, dans le Fars (« Fars » ou « Pars », région qui a donné en français le vocable « perse » ou en anglais « parsian »).
 
Porte de Persépolis. Fars
 
Persépolis, une des capitales des Achéménides
 
Persépolis, chapiteau de colonne. Téhéran, musée national

Paradis 3 : Les jardins

Aujourd’hui encore, on trouve en Iran des hôtels qui portent le nom de Pardis ou Fardis, soit pour nous « au paradis » - mais ils ne méritent pas tous ce nom, si l’on se souvient de lits durs comme de la pierre ; même si je sais bien que la manière traditionnelle de dormir en Perse est d’étendre une simple natte sur le sol recouvert d’un tapis et de dormir ainsi – on peut d’ailleurs encore voir au palais de Saadabad à Téhéran, la chambre à coucher de Reza Chah Pahlavi (le père du dernier Shah d’Iran), qui possède un magnifique lit offert par le roi d’Angleterre… lit superbe qui ne servait jamais, l’empereur préférant dormir à la manière classique, par terre, à côté de son lit officiel !

"Paradis" d'un hôtel, Téhéran

Dormir sur le sol, une expérience... douloureuse pour le dos (le mien en tout cas)


La Perse, royaume du tapis
Le « paradis » persan est donc un jardin. Et le jardin d’Eden de la Bible vient directement de l’emprunt fait par les Hébreux aux Perses il y a 2500 ans. Dans la ville de Kashan, une merveilleuse cité entre Téhéran et Ispahan (l’ancienne capitale de la Perse), il reste un prodigieux jardin préservé, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, qui date à l’origine des rois achéménides, cinq siècles avant Jésus Christ ! Peut-on imaginer pareille permanence ?

Jardin millénaire de Fin, Kashan
 
 
Permanence, c’est le mot qui caractérise tout l’Iran : permanence de la culture, permanence de l’histoire, des formes, des idées, mais renouvelées, vivifiées. Une permanence qui possède des racines, visibles, et qui développe des ramifications évolutives. Voilà bien l’Iran éternel : un vieil arbre qui donne naissance à de nouvelles branches à chaque époque.

Tradition et modernité, Tabriz, un air de Central Park...

Paradis 4 : L'accueil fait aux touristes

L’Iran recèle de nombreux atouts qu’on peut considérer comme des paradis :

 Mais d’abord l’Iran n’est pas un paradis fiscal !  (C’est le Suisse en moi qui parle)

Avant tout, le pays est le paradis de l’accueil ! Les Iraniens sont des gens fantastiques, chaleureux, généreux, ouverts, avides de connaître l’étranger, désirant l’honorer, lui faire plaisir, l’inviter… débarquant à l’aéroport de Tabriz, je rencontre un iranien avec lequel j’échange à peine quelques mots ; il me demande dans quel hôtel je descends, il appelle pour moi un taxi et… le paie en disparaissant ! Avez-vous déjà fait, n’importe où dans le monde, une telle expérience ??? Dans la rue, j’échange une parole avec un étudiant inconnu bientôt rejoint par sa mère… qui nous invite aussitôt à manger à la maison ! La politesse (le « taarof» en persan) veut qu’on refuse plusieurs fois avant d’accepter une invitation renouvelée. Le taarof peut n’être qu’une invitation virtuelle, mais la gentillesse des iraniens vis-à-vis de l’étranger est réelle.
 

Les Iraniens sont très accueillants... (Shiraz)

... et se laissent facilement photographier (échoppe, Tabriz)

Paradis 5 : Un pays en toute sécurité

Et le pays est sûr ! On s’y sent en sécurité partout, on n’est PAS volé dans la rue ou les parcs publics comme à Buenos Aires, Venise ou Barcelone. Il n’y a PAS de fanatiques islamistes armés de kalachnikovs pour tirer dans un restaurant, un musée, ou un bus. Vous n’êtes PAS kidnappé pour être revendu à une organisation terroriste, qui n’existe d’ailleurs nulle part sur le territoire iranien. Vous n’êtes PAS suivi par la police dans la rue (police que l’on ne voit d’ailleurs guère), et lorsqu’un policier vous aborde, c’est pour vous proposer son aide. Je résumerais la situation ainsi : c’est le paradis du voyageur.

Seuls le trafic et la conduite des voitures peuvent faire peur. Yazd
Yazd, place principale. Façade vide... il n'y a rien derrière!
 

D’autant plus que l’Iran s’ouvre à peine au tourisme et que l’on n’y est pas encore noyé sous des caravanes d’étrangers. Par contre, ce n’est sans doute pas le paradis du citoyen iranien lui-même, qui subit une grave crise économique, certaines lois rétrogrades à nos yeux, et une répression politique contrôlée, ce qui est le cas de nombreux pays dans le monde que l’on visite pourtant sans hésiter. L’Iran actuel n’est pas plus à réprouver que maints régimes sévères, dictatoriaux ou caricaturaux.
Costume traditionnel, province du Khouzistan

Réceptionniste d'hôtel
 
Tchador classique, voile moderne, Tabriz
Village troglodyte, Kandovan

Paradis 6 : L'architecture


Pour certains ce sera le paradis de l’architecture : la mosquée du Shah à Ispahan (1612-1630) ou mosquée de l’Imam (Khomeiny bien sûr, la République islamique débaptisant et rebaptisant à tour de bras…) est la plus belle de tout le monde musulman !
La plus belle mosquée du monde musulman
Mausolée, Ardabil
Maison privée, Kashan
 
 
Mosquée du Vendredi, Yazd
Salle d'hiver, Mosquée du Vendredi, Ispahan

Madrassa, école coranique, les étudiants prennent leurs cours sous les arbres. Kashan

Non ce n'est pas un palais en Italie! Musée d'art contemporain, Ispahan

"Talar", grande terrasse couverte, forêt de colonnes de bois parmi les arbres du parc, Palais de Tchehel Sotun, Ispahan

Paradis 7 : La nourriture

Pour d’autres, ce sera le paradis de la nourriture, quoique celle que l’on trouve dans les restaurants soit un peu monotone ; mais la tradition culinaire et familiale iranienne est fameuse ! Et nombre de ses recettes ont été adoptées et adaptées dans tout l’Orient, de l’Inde au Liban en passant par la Turquie.
Au restaurant, Shushtar
 

A table, Ispahan

Paradis 8 : Les hôtels

D’aucun y verront le paradis de l’hôtellerie, en logeant dans de vieux palais ou caravansérails au charme inouï, en prenant le petit-déjeuner dans de vastes salles-cours-jardins couverts de stucs et au milieu de jets d’eau. En Iran, l’eau et les jardins sont omniprésents dans les villes, les palais, les mosquées, parce que les déserts recouvrent la majorité du pays, déserts où l’on trouve même d’anciennes mers de sel, semblable au fameux Salar d’Uyuni en Bolivie.


Hôtel, Ispahan

Caravansérail-hôtel, aux portes du désert de Dasht-e Lut
Hôtel, Shushtar
Hôtel, Ispahan



Chambre d'hôtel, Ispahan

Paradis 9 : La nature

Le pays est aussi un paradis de la nature, avec des montagnes à plus de 5000 mètres et des sommets couverts de neige toute l’année ; le Mont Damavand, au-dessus de Téhéran, culmine à 5400m; il a dû servir d’exemple au mur de glace de Game of Thrones, tant il est impressionnant ! Des stations de ski – modestes – existent, non seulement près de Téhéran, dans la chaîne de l'Elbourz, mais aussi en plein centre du pays, près d’Ispahan, dans les Monts Zagros, lieu de résidence des nomades Bakhtiari, les Roms de l’Iran, ici considérés comme des seigneurs, car du Zagros descendirent de tout temps les différents peuples iraniens qui soumirent à leur domination les populations des plaines de Mésopotamie et d’ailleurs.
Téhéran, Mont Damavand

Village sur les pentes de l'Elbourz
La nature organisée, une ville sur l'eau, la Venise iranienne, Shushtar

 Maison traditionnelle, Mont Zagros

Peuples du Zagros

Chaîne du Zagros

A 3000m, des champs de fleurs rouges. Zagros, Chelgerd

Fleur rouge de Chelgerd, typique de cette région montagneuse